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Jeudi 15 novembre 2007
Nous voudrions contribuer en tant que « Communistes unitaires » à la discussion du projet de texte politique élaboré dans le cadre de la préparation des Assises nationales des collectifs des 1er et 2 décembre.
 
Ce texte aborde de nombreux enjeux essentiels pour la construction d’une « alternative de transformation sociale », notamment les grands domaines où il est question de résister à la politique de Sarkozy, d’avancer des propositions alternatives, assises sur d’autres valeurs. Nous partageons l’essentiel de ses propositions.
 
Nous voudrions en premier lieu insister sur l’idée qu’au-delà des approches programmatiques, un projet de transformation sociale n’a de force que s’il s’inscrit dans une visée
émancipatrice. Pour notre part, nous plaçons notre action politique tout entière dans le cadre de la participation à un mouvement global de dépassement de toutes les aliénations, de toutes les dominations, d’un mouvement pour l’émancipation de tous les individus.
 
Il est bien sûr nécessaire de développer des propositions, d’énoncer les moyens que nous entendons mettre en œuvre pour des politiques alternatives - c’est un enjeu de crédibilité - ; il s’agit d’obtenir maintenant la concrétisation de droits fondamentaux dans toutes les sphères de la vie sociale, et non d’énoncer une vague utopie, sans rapport avec le réel, le concret. Mais le parti pris fondamental de la « transformation sociale » - expression bien insuffisante au regard des transformations radicales que veulent (aussi) opérer nos adversaires -, de notre transformation sociale, devrait être la libération des individus et de la société.
 
L’expression qu’un autre monde est possible est l’affirmation claire et nette d’une conviction. Ce qui importe surtout, c’est que cet autre monde est « en marche », qu’il existe des expériences pour le construire (même si elles ont leurs limites), et que notre objectif est de donner à cette idée la force d’un mouvement concret.
 
Deuxième point, dans la continuité de ce qui précède, nous voulons souligner le besoin de renforcer l’analyse critique de la « contre-révolution sarkozyste ». Il ne s’agit pas seulement de la défense des intérêts des plus riches, de la casse des résistances, ni même d’une « guerre sociale ». Le combat idéologique concerne la possibilité même d’une alternative globale d’émancipation. Pour paraphraser Alain Badiou, Sarkozy est le nom de la tentative d’éradiquer des représentations mentales la possibilité même de l’émancipation (que Badiou nomme « l’hypothèse communiste »).
 
Tant qu’existait face au capitalisme un modèle soi-disant alternatif se revendiquant d’une autre conception de la société, tant que le compromis social d’après guerre prédominait, la possibilité d’une alternative globale restait présente dans l’espace politique. C’est à la possibilité d’une telle visée, et encore plus d’un mouvement concret pour la réaliser, que Sarkozy s’attaque en fait.
 
Et il trouve à ses côtés une part de « l’opposition », qui accepte désormais ouvertement le capitalisme comme fin de l’histoire, et qui donc entend se satisfaire de la gestion des effets des politiques libérales, avec beaucoup de compassion pour les pauvres et beaucoup d’affection pour les classes moyennes.
 
Un travail approfondi sur cette question est nécessaire. L’analyse de la manière dont le capitalisme devient fondamentalement répressif a progressé (sans encore qu’on en tire toutes les conséquences sur notre action politique), mais elle ne suffit pas. Il s’agit maintenant de comprendre comment se produit un divorce complet entre les exigences contemporaines de démocratie, d’épanouissement des personnes et d’un « vivre ensemble avec nos différences » et le capitalisme tel qu’il entend régner aujourd’hui : par la force.
 
Le troisième point que nous voudrions mettre en débat, dans la continuité des éléments précédents, concerne l’Etat et la démocratie. La construction d’une alternative politique ne peut à notre sens se limiter à décrire les politiques publiques à mettre en œuvre, ni même à revendiquer une démocratisation de l’Etat, ou un approfondissement de la démocratie par l’amélioration de la démocratie représentative et l’instauration d’une dose de démocratie directe. Il n’est pas suffisant de revendiquer plus d’Etat social, au lieu du développement en cours de l’Etat pénal. Il est nécessaire de reprendre la critique de l’Etat, de son rôle, de son pouvoir.
 
Car en même temps que l’Etat et les politiques publiques sont des lieux de compromis social, et qu’ils garantissent nombre de droits sociaux conquis depuis la Révolution française, puis par le mouvement ouvrier, il est fondamentalement une arme au service des puissants, un instrument de domination. Il est donc nécessaire de réfuter le fétichisme de l’Etat. Sans verser dans le contresens d’une diabolisation, c’est bien un dépassement de l’Etat qu’il faut envisager.
 
Aussi, on ne peut pas seulement revendiquer un socle de droits individuels et collectifs dont « l’effectivité » serait « garantie par la puissance publique ». Ou du moins il faudrait totalement reprendre ce que devrait être cette « puissance publique » garante de l’effectivité des droits. Il y a quelques chances qu’elle soit éloignée de ce que l’Etat est aujourd’hui, et tous cas nous pensons qu’il ne peut s’agir de l’Etat tel qu’il existe depuis quelques siècles. Nous pensons que la réappropriation concrète des savoirs et des pouvoirs d’un mouvement d’émancipation concerne en particulier les pouvoirs détenus par l’Etat.
 
Plus largement, à partir du constat partagé que la démocratie représentative est à bout de souffle, et que la culture de délégation de pouvoir nuit considérablement au développement d’initiatives politiques pour transformer l’ordre existant, tout est à inventer concernant les formes (au sens fort) de l’appropriation de la politique par le plus grand nombre, par « en bas » – au-delà des embryons de démocratie participative développées jusqu’à présent, en France, à l’instigation le plus souvent d’élus locaux (et non « des citoyens »). Cela pose les questions du rapport entre le mouvement social (dans toutes ses composantes, particulièrement le mouvement syndical, qui reste aujourd’hui dramatiquement absent de toutes les constructions politiques) et les institutions, et de la césure entre le militantisme politique et la politique institutionnelle.
 
Notre travail commun devrait concerner la question de la Nation, des frontières et des identités, la mondialisation nécessaire des combats politiques - dans le prolongement des forums mondiaux et des luttes altermondialistes -, mettant en question les carcans institutionnels mais aussi mentaux qui empêchent de concevoir une citoyenneté mondiale et un mouvement planétaire d’émancipation.
 
Quatrième point, nous souhaitons travailler sur la place de l’éducation et le développement des libertés individuelles et collectives comme leviers et modalités pratiques pour un mouvement d’émancipation. Une tare essentielle du communisme politique du 20ème siècle est d’avoir considérée que l’émancipation viendrait après la prise du pouvoir d’Etat, et que l’extension de la liberté individuelle viendrait après l’émancipation collective. Cette conception a existé dans les pays « socialistes » mais aussi en France, où le PCF est passé (pour l’essentiel, mais non sans contradictions) à côté de la plupart des luttes d’émancipation.
 
Nous pensons qu’une perspective émancipatrice passe au contraire par l’extension des libertés individuelles et collectives : c’est le sens de l’appropriation des savoirs et des pouvoirs.
 
Le texte soumis à la discussion pour les Assises énonce nombre d’axes de travail thématiques. Nous pensons effectivement que ce travail est nécessaire, qu’il doit s’inscrire dans la durée, qu’il suppose de la production individuelle et collective. Dans le même temps, il nous semble essentiel de travailler sur le projet, entendu comme l’ensemble des repères idéologiques fondamentaux, les valeurs essentielles et la visée que nous poursuivons. Les termes « antilibéraux » et « anticapitalistes » ont leur validité mais tout notre problème est d’affirmer une orientation en positif de la construction politique, la visée de « transformation sociale ».
 
Voilà quelques idées dont nous serons porteurs dans les processus à inventer et à développer ensemble et avec tous pour lancer le chantier d’une nouvelle force politique pour un nouveau projet… d’émancipation.
 
Gilles Alfonsi, Xavier Aubert, Lionel Chassaing, Sylvie Larue, Fernanda Marrucchelli
Par administrateur
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Lundi 12 novembre 2007
un texte passionnant de Lucien Séve, philosophe.
 
"Telle qu’elle me paraît engagée en vue des rendez-vous de fin 2007 puis 2008, la discussion sur le problème capital qui nous préoccupe tous nous confronte à un dilemme de caractère, je le crains, très fallacieux.
 
D’un côté, pour le dire succinctement, l’évidence semble bien être que le communisme est mort. Mort comme système social avec l’implosion de l’Union soviétique; mort comme force politique avec, pour ce qui nous concerne, l’irrémédiable 1,93% de l’élection présidentielle; mort comme proposition intellectuelle avec un effacement public de Marx dont je ne sais si nous mesurons la profondeur, masqué qu’il nous est par un travail de recherche vivace mais confidentiel. Cet état de fait nourrit une conviction susceptible d’être déclinée de diverses façons politiques mais qui toutes optent au fond pour un premier terme de l’alternative: il faut renoncer au communisme.
 
D’un autre côté, cette supposée évidence est en tout point contestée. Où prend-on que l’implosion de l’URSS sonnerait le glas d’un socialisme foncièrement repensé à partir des rudes leçons d’hier, quand le capitalisme court à l’abîme? Que le très mauvais résultat du parti à la présidentielle annulerait les forces qu’il conserve et le dynamisme qui l’anime? Que le silence médiatique sur les fondamentales vues de Marx ôterait sa pertinence au message du Manifeste? Il y a énormément à réexaminer, à réinventer, à réengager, nul n’en doute, mais le cap vaut plus que jamais, donc l’instrument historique qui fait corps avec lui. Conséquence: il faut garder le parti communiste.
 
Si tel est bien le dilemme à affronter – avec du vrai des deux côtés, mais dans des perspectives inconciliables –, mieux vaut ne pas se leurrer:il n’a d’issue prévisible que dans une séparation de corps entre les uns et les autres. La dialectique n’efface pas les «ou bien..., ou bien...» de l’histoire. Et la logique de l’émiettement de ce qui fut le communisme français peut aller encore au-dessous de 1,93%.
 
Mais est-ce le bon dilemme? Je le conteste pour une double raison. La première est qu’il tourne tout entier autour du communisme – mot et chose – sans que soit vraiment, à mon sens du moins, désamorcé le terrible piège qu’il recèle. De quoi parle-t-on au juste? A la clarification exigeante du terme «communisme» tient l’issue du débat et donc l’avenir du combat. C’est par elle qu’il est impératif de commencer. La deuxième raison est que, si on veut bien la considérer avec attention, l’alternative ci-dessus formulée – «il faut renoncer au communisme», «il faut garder le parti communiste» – n’épuise qu’en apparence les réponses pensables, pour la simple raison que sont en jeu deux termes et non un seul:«communisme» et «parti». Je suis quant à moi irréversiblement attaché à une troisième manière de répondre qui me paraît occultée sans raison connue: il faut absolument conserver communisme et radicalement dépasser parti.
 
 
I-                «Le communisme»: une terrible équivoque
 
La très grande majorité des Français, y compris sans doute nombre d’électeurs, voire de militants communistes, tiennent pour une parfaite évidence que, selon une formule connue, «le communisme a été essayé, et il a radicalement échoué».
 
Dans cette phrase-clef, que veut dire «le communisme»? Pour simplifier, disons: trois choses: 1) la sorte de société qu’ont représentée, par-delà leurs différences, l’Union soviétique, les pays d’Europe de l’Est, une demi-douzaine d’autres dont le Cambodge de Pol Pot (le cas de la Chine fait problème pour tout le monde); 2) le type d’organisation politique qu’avec des variantes ont pratiqué les partis composant le mouvement communiste, le PCF en étant tenu pour une exemplaire illustration; 3) le mode de pensée qu’a longuement donné à voir le«marxisme-léninisme» sous ses diverses figures doctrinales, celles notamment du matérialisme dialectique et historique comme du socialisme scientifique.
 
On peut longuement épiloguer sur l’appréciation historique à porter sur «le communisme» ainsi défini, en faisant valoir à bon droit ce qu’on doit aussi lui reconnaître d’apports théoriques, de mérites politiques, d’avancées sociales. Bien rares sont ceux qui pour autant ne l’associent pas à l’idée d’un radical échec d’ensemble, et si pénible que ce puisse être il faut bien en convenir. Sans même parler des crimes, les sociétés qui se sont construites plus ou moins à l’image de l’URSS n’ont semble-t-il eu à terme le choix historique qu’entre disparaître ou s’ouvrir au capital. Les partis nés de la IIIe Internationale – pour ne rien dire ici de la IVe – apparaissent sauf rares exceptions voués eux-mêmes à l’auto dissolution ou à la marginalisation. Et si des lectures renouvelées de Marx en donnent à voir toute l’actuelle fécondité, nombre de certitudes doctrinales proclamées par ce qui s’est appelé le marxisme n’ont pas résisté elles-mêmes au temps et ont perdu tout crédit. Seuls des autistes politiques peuvent affecter de le nier: «le communisme» est bien mort.
 
Maintenant, revenons un instant à Marx. Chose stupéfiante: ce que lui n’a cessé de penser sous le mot communisme n’a à peu près rien à voir avec «le communisme», c’est même sur nombre de points plutôt le contraire. Avant tout, le communisme n’est ni un état social à instaurer ni un idéal à réciter mais le «mouvement réel qui dépasse l’état de choses existant». Premier point crucial: un mouvement par quoi avance l’histoire au présent. Mouvement vers quoi? Vers le complet dépassement du capitalisme, forme la plus extrême des sociétés de classes, le passage à une forme sociale sans classes où s’achève la préhistoire humaine pleine de bruit et de fureur. Mouvement par quoi? Par la résorption de toutes les grandes aliénations historiques du genre humain – l’aliénation n’étant pas pour lui, comme on semble croire, une disgrâce parmi d’autres mais l’appellation la plus globale de tous les dessaisissements à quoi nous condamne la société de classes dans les domaines les plus divers quoique intimement communicants – économique, écologique, sociétal, politique, éthique, idéologique, culturel, existentiel... Le communisme, c’est l’immense processus, nécessairement mondial bien que nationalement enraciné, par quoi les humains associés se réapproprient leurs puissances sociales de tous ordres et émergent enfin ainsi d’un monde d’horreurs qui n’a rien de naturel.
 
Une chose et son contraire sous une même phrase
 
Il n’est pas besoin d’être long pour établir que «le communisme» n’a pas eu grand chose du communisme visé par Marx. Les «pays communistes»? Pas un seul ne s’est jamais dit lui-même communiste, et pour cause: en aucun d’eux, quels qu’aient pu en être les mérites partiels, les travailleurs associés n’ont été maîtres de leurs puissances sociales ni libérés de formes classiques ou inédites d’aliénation – à mille lieues du «à chacun selon ses besoins». Stalinisé ou brejnévisé, «le socialisme» n’a nulle part été l’antichambre annoncée du communisme, il lui a au contraire tourné le dos jusqu’à se vouloir «rattrapage du capitalisme».Les «partis communistes»? Même ceux qui se sont nommés ainsi ontretiré il y a longtemps le communisme de leur visée réelle au profit d’un«socialisme» supposé plus réaliste, alors que la conquête du pouvoir censée en ouvrir l’accès s’avérait, elle, inaccessible, de sorte que leur activité de plus en plus alignée sur le calendrier électoral a fait d’eux des partis comme les autres, mais sans chance crédible de devenir jamais dirigeants, les vouant ainsi à une implacable désaffection. Les «idées communistes»? Une enquête montrerait que sous ce qualificatif est massivement placé par l’opinion commune le contraire même des vues de Marx – productivisme, étatisme, dédain de la démocratie et de l’individu... Mais nous-mêmes? S’il m’est permis de le dire, menant depuis vingt-cinq ans un effort de pensée et de proposition pour que le communisme de Marx prenne place au centre de notre culture, j’ai pu mesurer à quel point son contenu effectif nous est en général resté peu familier.
 
On en vient ainsi à un constat aussi décisif que paradoxal: ce que l’idéologie dominante, celle de l’adversaire, appelle «le communisme» –et nous aussi hélas, trop souvent – a si peu de rapport avec le communisme marxien qu’il en est sur plus d’un point le contraire. En résulte un terrible malentendu: le même énoncé – «le communisme est mort, il faut l’abandonner» – est passible de deux significations politiques opposées. Premier sens: «le communisme», tel que l’entend le parler courant – étatisme généralisé, bureaucratisme de parti, doctrinarisme de pensée... – a été décisivement invalidé par l’histoire et c’est dans un tout autre sens qu’il faut désormais chercher – je ne vois pas quant à moi qui peut le contester. Deuxième sens: le communisme, tel que l’a entendu Marx, n’est plus d’aucune pertinence et c’est dans un tout autre sens qu’il faut aujourd’hui s’orienter – avec cela on est fondé à être, et je suis pour ma part, en désaccord radical.
 
Que «le communisme» soit mort n’est plus à débattre: c’est un fait massif et têtu; que le communisme soit obsolète n’est en rien établi avant débat: c’est au contraire la question à examiner, et à expérimenter. L’idée si répandue selon laquelle «le communisme a été essayé, et il a échoué»relève de la totale équivoque. Si l’on a en vue ce que le parler courant nomme «le communisme», c’est flagrant; si l’on pense au communisme de Marx, c’est absurde: en ce sens, le communisme n’a aucunement échoué pour la bonne raison qu’il n’a jamais existé nulle part. Même le PCF n’a, sauf exception, jamais encore fait de la politique avec le communisme. On peut certes se demander si le communisme est susceptible de devenir un«mouvement réel», sous quelles formes et par quelles voies au 21esiècle– voilà une question cruciale. Mais se demander s’il faut «abandonner ou conserver la référence au communisme», sans plus de précision, n’aaucun sens clair. Laisser s’engager le débat dans une telle confusion serait à mon sens un désastre.
 
Je suis pour ma part de ceux, très nombreux, qui constatent que «le communisme» est mort – et ne nous laissons pas abuser par des apparences: même chez un mort la barbe continue un certain temps à pousser – et qu’il faut non pas simplement «y renoncer» mais en faire très attentivement notre deuil. En même temps je suis de ceux – hélas bien moins nombreux qu’il ne faudrait – qui jamais n’abandonneront le communisme dans l’authenticité et la plénitude de son acception marxienne, et qui considèrent même qu’un tel abandon constituerait laplus impardonnable des fautes historiques.
 
 
II-               Communisme : pourquoi ?
 
Parce que c’est la seule alternative vraie à ce capitalisme qui sur un rythme accéléré conduit l’humanité à sa perte. En quoi est-ce la seule alternative vraie? Pour dire en trois phrases ce qui exigerait un gros livre:en ceci que le capitalisme est fondamentalement la mise en privé universelle; il prive ainsi les humains de la maîtrise collective sur leurs puissances sociales – les avoirs, les savoirs, les pouvoirs. Il est la forme extrême de l’aliénation humaine. Sortir vraiment du capitalisme, c’est donc aller vers la mise en commun universelle de tout ce qui est social en en développant l’appropriation par tous: communisme.
 
Preuve contraire:l’échec partout du«communisme»sans communisme, ce «socialisme» mensongèrement donné pour «première phase du communisme» quand il lui tournait le dos sur tous les points essentiels – pas d’appropriation collective des moyens de production parles travailleurs associés mais leur confiscation par une nouvelle couche privilégiée, pas de dépérissement de l’Etat mais l’instauration d’un despotisme, et en fait d’émancipation des consciences, une mystificatrice idéologie officielle dépolitisante. Ce qui a été disqualifié par l’histoire n’est pas un communisme qui jamais ne fut «essayé» mais le socialisme sous toutes ses variantes, sans oublier les variantes social-démocrates, c’est-à-dire la promesse intenable d’une désaliénation ne s’en prenant pas au fond même des aliénations majeures. Un seul dirigeant a vu clair au20esiècle dans cette cruciale question du communisme: Lénine, mais dans un contexte où n’existait aucune de ses pré conditions nécessaires. Après quoi tout a été enseveli dans le «socialisme scientifique» stalinisé.
 
Le concept du communisme nous est encore si peu familier que beaucoup d’entre nous ne peuvent s’empêcher d’y voir un «idéal», une«utopie», oubliant l’essentiel: il s’agit avant tout d’un mouvement réel. On objecte: mais comment dire réel un mouvement qui n’existe pas encore? C’est simple: il n’existe pas encore, hélas, comme mouvement conscient de forces sachant en faire leur visée concrète, mais comme mouvement inconscient de l’histoire, sa réalité crève les yeux. Exemple:«à chacun selon ses besoins», utopie? Mais les révolutions en cours de la productivité réelle annoncent en clair comment une production de prodigieuse efficacité, à condition d’être délivrée des colossaux gâchis capitalistes et réorientée vers les besoins de tous, peut en faire au cours même de ce siècle une réalité naissante. De semblables pistes de réflexion s’entrouvrent partout – rôle décisif des savoirs dans le travail et dépassement du salariat, Internet et démocratie, révolution biomédicale et santé pour tous, métissage étendu et émergence concrète d’un genre humain... Le capital est à la fois le pire ennemi de toute avancée communiste et le très involontaire fourrier de ses pré conditions – Marx et Engels l’avaient déjà bien vu dans le Manifeste. Oui, le communisme n’attend que nous pour devenir mouvement consciemment réel.
 
Des vues stratégiques d’une foncière nouveauté.
 
Un texte individuel comme celui-ci ne peut bien entendu se proposer de faire ce que seule produira une vaste élaboration collective. Mais simplement considérer de façon attentive l’idée de base que le communisme est le mouvement réel dépassant toutes les grandes aliénations historiques de l’humanité, on voit se dessiner plusieurs vues stratégiques cardinales en rupture avec ce que furent trop longtemps les nôtres.
 
Dépassement de toutes les aliénations historiques: le communisme est désaliénation universelle ou n’est pas, non pas seulement parce que chaque aliénation est à résorber mais parce que toutes s’entrecroisent –ainsi l’exploitation économique a vitalement besoin de s’étayer sur la domination étatique et la mystification idéologique. Conséquence: le mouvement réel du communisme, s’il a un caractère de classe, n’est pas celui d’une classe en particulier – même si le peuple ouvrier y est au premier chef concerné – mais de toutes les forces collectives et individuelles avides de quelque désaliénation. Pour reprendre une formule à mes yeux judicieuse, la force communiste dont il est besoin doit être celle non d’une classe mais d’un projet un et divers à la fois: tout ce qui renvoie même de façon très indirecte à la logique infectieuse du capital, tout ce qui constitue un présupposé négatif ou positif de son dépassement possible peut et doit être source de mouvement communiste réel. Le champ des initiatives à prendre est immense.
Dépassement de toutes les aliénations historiques: si l’on entend bien ce terme-clef d’aliénation – métamorphose de nos activités sociales en puissances étrangères écrasantes, telles les dictatures de la rentabilité financière, de la raison d’Etat sarkozyenne, de l’évidence néolibérale... –,en résulte une vue stratégique encore plus cruciale. Car rien ici ne peut-être octroyé: toute réappropriation est l’œuvre propre des personnes elles-mêmes ou n’est pas. Faire aujourd’hui de la politique avec le communisme exige donc de rompre avec ce qui fut l’essence de la culture révolutionnaire traditionnelle, aujourd’hui caduque: conquête du pouvoir d’Etat comme préalable d’une transformation sociale par en haut avec organisation verticale de parti en conséquence. C’est là qu’est le plus essentiel à repenser du tout au tout. Car cette façon d’envisager la désaliénation conduisait droit au maintien dans l’aliénation – c’est le drame du «socialisme réel» et des partis communistes. Si les meilleurs esprits d’hier – Lénine, Gramsci – l’ont pourtant adoptée, c’est qu’il n’y en avait pas d’autre quand manquaient tragiquement les présupposés objectifs et subjectifs d’un mouvement communiste. Le fait capital de ce siècle commençant est que le niveau de développement des forces productives et des individus rend envisageable, et pour une part déjà effectif en dehors même de nous, ce qui ne l’était pas naguère: un multiforme processus de réappropriation engagé au présent sur tous les terrains possibles. Le communisme sort de l’«idéal» pour devenir réel.
 
Dépassement de toutes les aliénations historiques: à son tour, le mot dépassement – celui même de Marx (en allemand: Aufhebung) quand il parle du communisme comme «mouvement réel» – ajoute encore de l’essentiel à ce qui précède. Une désaliénation est inévitablement un processus en temps long, hors de portée d’un acte révolutionnaire soudain même si des décisions de pouvoir peuvent le favoriser, mais c’est un processus que rien ne peut empêcher de s’engager aujourd’hui même. Ceci condamne tout renvoi du dépassement du capitalisme à un après-conquête du pouvoir qui n’est jamais venu dans aucun pays développé, et dans la supposée préparation duquel c’est en fait la subalterne bataille électorale qui accapare sans cesse les forces. Le mouvement du communisme s’engage aujourd’hui dans de tout autres batailles qu’électorales ou ne s’engagera jamais. Par-delà les vieilles images d’Epinal de «la révolution» – du moins pour ce qui concerne les pays leplus développés –, il faut réfléchir à l’idée forte d’évolution révolutionnaire, processus multiforme et inégal mais poursuivi avec esprit de suite d’initiatives engagées, de succès partiels remportés, de rapports des forces modifiés, d’élévation d’enjeu des initiatives dès lors possibles... Oui, on peut faire dès aujourd’hui de bonne politique avec le communisme. Et à moins du communisme, au point où en est le capitalisme, je ne vois pas quelle bonne politique est possible.
 
Abandonner la référence au communisme ?
 
Supposons qu’une certaine entente se manifeste sur une vision de cet ordre. Mais pourquoi tenir à l’inscrire sous l’emblème du communisme?Est-ce bien voir, demande-t-on, à quel point le mot, fût-ce par malentendu, est décrié, donc combien de forces potentielles on risque d’éloigner à vouloir le maintenir? Voilà qui pose bien trop petitement la question d’un mot aussi puissamment symbolique. Si on mesure toute sa portée, je tiens qu’il y a au moins trois raisons déterminantes de persister à nommer communisme le mouvement transformateur à déployer, et communiste la force organisée s’y consacrant.
 
1 – Un mouvement politique qui se veut grand doit dire en toute clarté ce qu’il est et ce qu’il vise. Vous prétendez dépasser le capitalisme? Dites-nous sans faux-fuyant par quoi vous comptez le remplacer. Exigence irrécusable, qui exclut l’échappatoire d’une caractérisation purement formelle comme «transformation sociale profonde» – en quel sens? Sarkozy aussi engage une «transformation sociale profonde» – ou négative comme «antilibéralisme» ou même «post capitalisme» – qui peut se contenter de pareil chèque en blanc? Il faut un mot disant sans équivoque vers quelle sorte de société profondément nouvelle on veut dépasser le capitalisme. Le seul mot juste est communisme: au ravage de l’universelle mise en privé, il s’agit d’opposer le processus où se met en commun la maîtrise de toutes les grandes activités sociales. Que malgré tout ce qui au 20esiècle en a révélé les failles profondes le «socialisme»puisse retrouver demain en Amérique latine une certaine crédibilité ou non, l’avenir nous le dira. Pour ce qui nous concerne en tout cas, il est crucial de marquer clairement, en récusant la référence au «socialisme»,la rupture délibérée avec ses formes stalinisées aussi bien que la radicale insuffisance de ses variantes social-démocrates.
 
Hésiter à placer notre action sous le signe du communisme, ne serait-ce pas en fait gravement méconnaître à quel point il est déjà tard dans l’histoire du capitalisme? L’implosion du camp soviétique l’a rendu fou –même des hommes du grand capital s’en inquiètent fort: seul au monde, il fonce désormais vers un abîme, y entraînant avec lui l’humanité. Les Verts ont réussi à faire une grande cause politique du souci écologique;n’avons-nous pas à faire une tout aussi grande cause politique du souci anthropologique, à l’heure où la frénésie schizophrène du taux de profit financier pousse à un point inouï la déshumanisation de nos vies et engage un tragique holocauste du sens de toutes les activités humaines?Que maints artistes flairent la venue d’un fascisme économique porteur d’autres horreurs que celles même du 20esiècle donne à penser. Beaucoup commencent à le sentir: devient urgente une insurrection générale en faveur du bien commun. Et c’est en un tel moment que nous trouverions judicieux de mettre à la poubelle le drapeau d’une telle insurrection, le mot communisme? Serions-nous en train de devenir fous nous-mêmes?
 
2. A côté de cette capitale raison stratégique, j’en vois une autre non moins décisive: politique au sens direct du terme. Depuis bientôt un siècle est marqué dans la vie politique nationale un emplacement profondément original, celui d’une force tenant une notoire place à partdans l’éventail de «la gauche»: inconfondable d’origine avec le socialisme réformiste, à plus forte raison depuis qu’il s’est mis à tenir le capitalisme pour définitif, mais inconfondable aussi avec l’extrême-gauche trotskiste et toute forme de gauchisme en ce que, refusant le stérile enfermement sectaire, elle ne renonce jamais aux plus larges ententes susceptibles à tous niveaux de faire avancer les choses. Cet emplacement correspond dans la conscience, voire l’inconscient de tous à l’étiquette: communiste. Dans la perspective même, foncièrement inédite, d’un mouvement communiste réel, un tel positionnement politique n’est en rien obsolète; ilne fait que prendre plus encore de pertinence. Abandonner communiste et par là l’identification à cet emplacement nécessaire gravé dans les consciences et les pratiques politiques relèverait à mes yeux du plus aberrant des non-sens. On peut du reste être certain que si nous commettions cette insigne erreur, l’étiquette communiste ne tarderait pas à être brandie par d’autres, et vu ce qu’ils en feraient nous risquerions bien de terriblement le regretter – mais trop tard, car un tel abandon est aussitôt irréversible.
 
3. Ma troisième raison est une contre-raison. A ce qui vient d’être dit, je ne connais qu’une vraie objection, d’allure modeste mais souvent jugée irrésistible: quoi qu’on dise, le mot communisme demeure massivement évocateur de Staline et du Mur de Berlin, de la «dictature du prolétariat»et du «bilan globalement positif», de cent autres choses de même résonance qu’il est superflu d’énumérer ici, et désormais, en plus, du terrible 1,93%. C’est un mot empoisonné, répulsif, inemployable. Nous avons perdu notre crédibilité à un point tel qu’aucune remontée n’est concevable sans un acte symbolique de radicale innovation – cet acte, ce ne peut être que le solennel abandon de la référence communiste.
 
Ce qui frappe en premier dans l’audience que paraît avoir cet argument chez nombre de communistes avec ou sans carte, c’est la profondeur du désarroi qu’elle traduit. Oui, alors que nous avons voué nos vies à la plus haute des causes humaines, il y a eu Staline et Pol Pot pour la déshonorer, il y a eu aussi un long cortège de sottises historiques en tous genres pour la discréditer. Il y a eu tout ce qui fait que «le communisme» est bien mort. Quel communiste peut ne pas le ressentir au plus profond? Mais ce qui relèverait à mon sens d’une extraordinaire inconséquence, ce serait qu’en renonçant au communisme de Marx parce que «le communisme» l’a odieusement trahi nous mettions ainsi nous-mêmes un incroyable signe d’égalité entre les deux. J’ai eu bien des occasions de parler devant des auditoires divers du communisme tel que l’entend Marx: j’ai bien sûr rencontré plus d’une fois de l’incrédulité – «ce serait trop beau» – mais pas une fois, j’en témoigne, la moindre hostilité. La seule raison de renoncer au communisme serait donc qu’il est le plus souvent confondu avec «le communisme», à plus d’un égard son contraire?Et par notre abandon nous contresignerions cet invraisemblable malentendu? Aberrant.
 
La paille des choses et le grain des mots.
 
Certes, dira-t-on, si «communisme» est irrécupérable, il est vrai qu’à communisme il n’y aurait pas de raison de renoncer. Mais c’est que nous savons faire toute la différence entre les deux; l’opinion, de façon massive, ne le sait pas, au point que vouloir disculper le communisme des fautes du «communisme» passerait pour une pitoyable argutie. Voici justement le point où l’argument se retourne contre lui-même. Car en somme il revient à dire: la bataille pour détromper nos concitoyens sur un point d’importance aussi cardinale est perdue d’avance, mieux vaut y renoncer. Et c’est ce défaitisme fondateur qui donnerait le coup d’envoi à une combative novation politique? On pourrait dire tout aussi bien – tout aussi mal: la bataille est perdue d’avance pour convaincre nos concitoyens que le capitalisme est dépassable, mieux vaut y renoncer. Terrible est la logique de pareils renoncements: enclenchée, elle devient sans rivage.
 
Veut-on oui ou non engager pour de bon le dépassement du capitalisme? Si oui, il faut se préparer à bien des batailles «perdues d’avance» en se créant les moyens de les gagner. L’une des plus décisives est de donner à comprendre ce qu’a été le drame du 20e siècle: ayant commencé en un temps et un lieu où ses préconditions essentielles faisaient défaut, le communisme s’est dénaturé en «communisme» voué à terme au plus noir échec. Aujourd’hui, dans des conditions bien plus mûres et forts des rudes leçons de cet échec, nous pouvons mettre pour la première fois à l’ordre du jour le communisme en son authenticité et sa plénitude. Faire entendre largement cela au peuple français, et aux autres, ne sera ni aisé ni rapide; tous les bâtons nous seront mis dans les roues – raison de plus pour développer sans délai cette bataille incontournable. Car qui ne comprend pas le drame du 20esiècle ne saura jamais s’orienter correctement dans le 21e. C’est pourquoi retirer le mot communisme en croyant supprimer la difficulté serait un vrai marché de dupes. Le garder nous contraint au contraire à l’indispensable effort suivi d’explication avec les autres et avec nous-mêmes.
 
La droite ne nous a-t-elle pas donné une éclatante leçon en la matière? Dans l’après-guerre, le mot droite était si discrédité par tout ce qu’il avait couvert durant l’Occupation allemande qu’à part une poignée d’extrémistes personne ne voulait s’avouer de droite. Et puis il y a eu Thatcher, Reagan, Giscard, l’offensive néolibérale, une vraie campagne de réhabilitation du mot, et aujourd’hui un Sarkozy a pu s’en faire un triomphal drapeau. Aurions-nous moins d’audace que la droite? Au reste, si l’adjectif communiste devait, par notre carence, rester captif de son acception répulsive, il faudrait être d’une grande naïveté pour s’imaginer que l’adversaire de classe aurait le bon goût de ne pas stigmatiser une formation authentiquement anticapitaliste en lui collant quand même l’étiquette «communiste», sa répudiation étant dénoncée comme pure hypocrisie.
 
De cet argument ne subsiste au fond qu’une chose, mais importante: la nécessité d’une très forte rupture symbolique avec une façon de faire dela politique qui n’en peut plus et dont la plupart ne veulent plus. Je tiens pour fondée cette exigence de rupture. Mais ce avec quoi il faut emblématiquement rompre n’est pas communisme, c’est parti.
 
 
III-             Communisme : comment ?
 
Donner vie à la perspective communiste esquissée plus haut implique des façons essentiellement nouvelles de faire de la politique et de s’organiser cette fin. Questions déterminantes qui ne trouveront réponse appropriée que dans le mouvement réel – c’est une formidable expérimentation politique en vraie grandeur qu’il s’agit d’engager. A titre exploratoire, essayons d’en dire d’avance un peu davantage en acompte personnel sur une réflexion collective.
 
Faire de la politique avec le communisme, c’est avant tout multiplier les initiatives transformatrices désaliénantes sur tous les terrains et avec la participation de qui veut. On mesure la maturité objective d’un mouvement communiste aujourd’hui dans un pays comme le nôtre à la spectaculaire abondance des occasions de telles initiatives qu’offre sans cesse l’actualité. Enquêtes accusatrices sur l’insupportable charge de travail chez Renault ou IBM jusqu’à pousser des salariés au suicide, réactions d’enseignants à l’idéologie pédagogique peu croyablement rétrograde sous la démagogie qui traverse toute la «Lettre aux éducateurs» de Sarkozy, refus montant des révoltantes franchises en matière de soins médicaux, adresse de Michel Platini aux chefs d’Etat contre le pourrissement du foot par le fric, sensibilité croissante des professionnels à l’asservissement de la presse, refus massif chez les chercheurs scientifiques de voir réduire le CNRS à une agence de moyens, énormes scandales de gestion à répétition pointant la nécessité de droits nouveaux des salariés dans l’entreprise, profondeur des remous éthiques suscités par l’affaire du test ADN d’appartenance familiale...: il suffit de reprendre une collection récente de l’Humanité pour remplir des pages entières avec les exemples d’initiatives possibles, les plus opportunes étant celles qui touchent au cœur des logiques du capital tout en disposant au départ de quelque atout favorable – reconstruire une confiance dans le succès possible du combat anticapitaliste est de première urgence.
 
Mais qu’y a-t-il là de neuf? S’emparer d’une actualité révoltante pour en clarifier le sens et en dénoncer les causes, montrer la possibilité de faire autrement en avançant des contre-propositions et en engageant des actions, n’est-ce pas à quoi le PCF s’efforce depuis toujours? Oui bien entendu, il s’y efforce avec mérite selon la façon de faire de la politique qui est la sienne en tant que parti. Le résultat en est connu:affaiblissement continu depuis maintenant près de trois décennies jusqu’à un niveau tel qu’en bien des lieux et domaines la survie même de sa capacité d’initiative est en cause. Impossible d’échapper à la conclusion que quelque chose d’essentiel est à reconcevoir dans cette manière de faire de la politique. Quoi donc?
 
En quel sens «faire de la politique autrement» ?
 
Comment se présente en général une initiative du PCF sur un sujet d’importance majeure? La direction nationale étudie la question, adopte des décisions, lance l’action en invitant toutes les cellules à s’impliquer, à appuyer, à relayer une initiative élaborée au-dessus de leur tête. Dans son principe même, et quelques correctifs secondaires qu’on puisse s’efforcer d’y apporter, ce mode d’initiative à visée désaliénatrice trouve donc moyen d’être aliénant en lui-même: on y saisit l’adhérent en le dessaisissant. Contradiction structurelle, puisque la cellule, organisme territorial «de base» – au sens de tout en bas – n’a ni la taille ni les moyens d’élaborer et animer par elle-même d’amples initiatives transformatrices, alors que son statut généraliste lui fait en principe devoir de les prendre toutes en charge. Quelle que puisse être la bonne volonté des individus, c’est forcément «le sommet» qui décide de ce compte. Sans doute était-ce naguère la seule manière de faire de la politique émancipatrice avec un peuple largement immature; elle est aujourd’hui d’un intenable archaïsme. La crise flagrante de la forme même qu’est un parti – avant tout instrument de conquête du pouvoir impliquant du même coup pouvoir de la direction sur les militants – fait éclater cette antinomie: le combat pour l’émancipation sociale ne peut absolument plus se mener dans la sujétion militante. Les femmes et les hommes d’aujourd’hui, dans leur masse, exigent le plein exercice de leurs responsabilités. Là n’est pas la moins forte des raisons qui expliquent la mort du «communisme», ni le moindre indice de maturation du communisme.
 
Est-il concevable de mener tout autrement des initiatives communistes? Imaginons. Impératif de base: que jamais leurs acteurs n’en soient dépossédés. Ce qui vaut dès le départ: l’initiative donc naît sur le terrain – groupe d’entreprises ou de services, arrondissement urbain ou grand ensemble, région rurale... – et y demeure. Concrètement:les adhérents d’une section – au sens actuel du terme – décident ensemble des initiatives qu’ils jugent les plus judicieuses dans le contexte qui est le leur – décision révisible, évolutive –, chacun choisissant lui-même à quel collectif d’initiative – nommons-le ici par convention atelier– il veut prendre part. L’atelier a tout pouvoir pour élaborer son initiative:étude de données, appropriation de connaissances, fixation d’objectifs, engagement d’actions... Dans d’autres sections, d’autres régions, des ateliers mènent une initiative analogue: des informations et expériences sont échangées, des problèmes communs mis à l’étude, des objectifs plus ambitieux adoptés... Sans perdre ses racines, sans échapper à la responsabilité plénière de ses acteurs, l’initiative devient l’affaire commune de toute une famille d’ateliers, elle peut se nationaliser, voires internationaliser; elle devient pépinière de compétences et de porte-parole, instrument de transformation à taille efficace comme jamais cellule n’a pu l’être.
 
Les ensembles d’ateliers aux objectifs les plus variés s’interconnectent eux-mêmes en fonction des besoins: une initiative contre les insupportables charges de travail recoupe celles qui visent à de nouveaux droits des salariés, au pluralisme de l’information médiatique, au développement de la prévention sanitaire... Un mouvement politique communiste s’esquisse, dans le prolongement des «mouvements sociaux»de la dernière décennie, mais dépassant par construction leur triple difficulté structurelle: limitation du champ travaillé, absence de débouché politique, par là-même risque récurrent d’instrumentalisation par un parti. Le centre de gravité de l’action politique passe des faits et gestes d’une direction à l’initiative sur le terrain, sur tous les terrains: on commence à rendre palpable une sorte vraiment différente de politique. Est-ce «utopie» que de voir commencer ici à se dissoudre le rapport aliéné du dirigé au dirigeant, à changer de sens le mot «base», à émerger la politique hors de la forme-parti où elle s’asphyxie?
 
N’est-ce pas pourtant en revenir au décevant «culte du spontané»,incapable de produire une vraie cohérence? Sous cette affleure une conviction ancestrale que chacun porte pour une part au fond de lui-même: la cohérence ne pourrait être produite que par une direction. Qui dit cohérence dirait verticalité, donc maintien nécessaire de la forme-parti. Je tiens que cette conviction est hantée à son insu par un préjugé de classe qu’a relayé dans la tradition communiste un bolchevisme stalinisé: il faudrait toujours un chef. C’est faux. Partout autour de nous fonctionnent des cohérences sans verticalité. Les équilibres biologiques ne sont régulés d’en haut par aucun dieu. Le cerveau humain, explique le prix Nobel Gerald Edelman, produit d’extraordinaires cohérences que n’assure aucun poste de commande, fût-ce cortical. Nombre de chercheurs scientifiques refusent en ce moment même à infiniment juste titre qu’on prétende leur imposer toute autre cohérence que celle du libre mouvement des savoirs fondamentaux. La vérité est qu’il y a deux moyens opposés de produire de la cohérence:une verticalité externe ou une horizontalité interne. En politique, la première est la formule même de l’aliénation, la seconde celle d’une possible désaliénation. C’est celle qu’il nous faut absolument explorer en matière d’organisation s’il est bien vrai que le 1,93% nous condamne à changer de façon radicale sous peine d’entrée dans un coma irréversible. C’est celle qui est déjà à l’œuvre, trop souvent sans nous, dans tant d’efforts au présent sur les terrains les plus divers de la transformation sociale.
 
Du parti au mouvement.
 
Regardons de près ce que requiert pour sa cohérence un mouvement communiste tel qu’on vient de l’esquisser. Les militants à l’initiative dansle maillage général en ateliers n’ont nul besoin d’instances décidant à leur place; ils apprennent eux-mêmes à décider de façon experte, selon le principe communiste: «Que chaque cuisinière apprenne à gouverner l’Etat!». Ce qui répond à leur besoin n’est pas la délégation de pouvoir àune direction mais la centralisation de savoir au service des acteurs directs – une capitale revalorisation et réanimation du travail d’idées communiste est à tous égards urgente. La cohérence de leurs initiatives repose sur d’incessants échanges: d’informations, de questions, d’analyses, de propositions... Organiser ces échanges avec une efficacité économe, produire une visibilité de l’ensemble, préalable de toute prospective pertinente: c’est le rôle de centres à divers niveaux. Des centres – appelons-les par exemple conseils – ne confisquant rien du pouvoir de décision des ateliers et de leur maillage, redécentralisant sans cesse au contraire des moyens élaborés de mieux décider. Ceci oriente vers une sorte d’organisation politique en rupture avec le parti.
 
L’idée a prévalu dans les années 90, malgré des avis contraires inécoutés, qu’on résoudrait la crise du PCF en s’en prenant à la centralité– entreprise qui serait foncièrement néfaste si elle n’était impossible:aujourd’hui comme hier continuent bien sûr d’exister à tous niveaux des organismes centraux dans le PCF. Ce n’est pas la centralité qui fait la crise mortelle de la forme-parti mais la verticalité qu’elle recouvre, celle d’une direction détenant seule, par position, les moyens de décider pour tout ce qui compte et qui, voulût-on le contraire, dépossède les de la maîtrise des initiatives dont ils ont pourtant à être les acteurs. Disons-le sous une forme provocante mais imparable: la verticalité estanti-communiste.Tantqu’onn’aurapassurmontél’angoissedirectionnelle à l’idée d’une radicale élimination de la verticalité, la façon«communiste» de faire de la politique continuera d’apparaître à tous, non sans motif, semblable à celle des autres partis – préjugés anti-communistes en plus et crédibilité de l’accès au pouvoir en moins. Qui veut venir aujourd’hui dans une organisation politique à vocation émancipatrice pour y être dirigé? Nous venons de payer horriblement cher d’avoir trop peu senti combien se reconnaître dans un dirigeant national de parti, même personnellement sympathique, répugne aujourd’hui à beaucoup. Croire sauver le parti en s’accrochant à la verticalité, ce serait travailler à perdre sans retour le communisme politique.
 
Pour engager sur tous les terrains un dépassement du capitalisme au présent, ce dont il est besoin comme force organisée n’est plus un parti mais un mouvement – donnons-lui ici par hypothèse un nom qui dise en clair à la fois sa raison et son mode d’être: Initiative communiste (IC). I C est avant tout dès le départ un maillage naissant d’ateliers qui engagent des initiatives transformatrices dans l’intense échange horizontal qu’ont à tâche de favoriser des conseils de divers niveaux, de la section à l’échelon national. C’est un ensemble de chantiers auxquels participe qui veut, la responsabilité des décisions restant aux adhérents du mouvement. IC n’a pas de direction mais un conseil national travaillant à centraliser l’expérience, cerner les problèmes, organiser le débat, en décentraliser les résultats dans leur pluralité. Des divergences d’orientation se manifestent: on les traite sur le mode de l’expérimentation ouverte soumise au critère de la pratique. Résorption du pouvoir vertical dans la centralité horizontale: nous sortons du parti pour passer à un tout autre type de force organisée, inédit dans la vie nationale, propre à renouveler en profondeur l’attitude des milieux populaires, des intellectuels, de la jeunesse envers la politique.
 
Déplacer résolument le centre de gravité de la politique sur les terrains de la transformation sociale n’équivaut en rien à négliger les exigences de la politique institutionnelle, mais à les aborder comme des aspects subordonnés de l’action d’ensemble. Les fortes spécificités de ces tâches dictées par le système institutionnel – batailles électorales, participation à des pouvoirs, relations extérieures... – peuvent suggérer d’en confier l’exécution à des délégations mises en place par le conseil national d’IC. Ces délégations, disposant d’une réelle autonomie d’initiative et d’une forte visibilité publique, ne sauraient pour autant – point capital – jouer le rôle d’une direction: elles se verraient fixer leur orientation par le conseil national et à travers lui l’ensemble des ateliers dont il n’est qu’un organe, restant responsables devant eux de l’accomplissement de leur mandat. Avec la disparition d’un Secrétariat national – mais non de plusieurs porte-parole attitrés –, on passe de très voyante manière au-delà de la forme-parti.
 
Par-delà celles et ceux qui se veulent expressément communistes, beaucoup, partageant telle ou telle des mêmes visées anticapitalistes, font dans les conditions présentes un choix différent. La criante nécessité du «tous ensemble» oblige donc à se prononcer sur le mode d’entente à rechercher entre les uns et les autres. Deux hypothèses se présentent: 1)la constitution d’une force alternative unique fédérant des entités distinctes dont l’une seulement se référerait au communisme; 2) la conclusion d’un pacte entre formations diverses, dont la communiste, chacune conservant son autonomie. Je soutiens quant à moi cette deuxième formule, pour la raison qu’à mon sens ne peuvent durablement cohabiter des forces politiques n’ayant pas sur les points essentiels un même projet historique. La spécificité du projet communiste en sa pleine acception est à mes yeux trop forte pour se plier à une vision commune n’y faisant que très incomplètement droit. Préférable me paraît une association à buts concertés en commun – expression publique, initiatives politiques, stratégies électorales... – réservant à chaque partenaire une entière liberté de jugement et une responsabilité plénière sur ses démarches propres.
 
Ultime question, non la moindre: comment parvenir à cette nouvelle organisation ? Cela suppose de satisfaire à deux exigences contradictoires. 1) Il est exclu que le PCF soit son creuset, pour cette décisive raison de fond que la verticalité ne peut donner naissance à l’horizontalité. Le croire possible est précisément ce qui conduit à 1,93%.Il faut admettre sans réticence de se placer d’emblée au-delà des organisations existantes pour faire exister une force de nouvelle génération. 2) Mais il est non moins exclu que les adhérents du PCFacceptent de renoncer à leur parti sans garantie majeure quant à l’authenticité communiste de la formation où ils se retrouveraient avec d’autres. Si cette lourde décision devait leur apparaître comme une aventure, ils ne seraient pas nombreux à s’y impliquer. Je ne le ferais pas moi-même. Or le principe d’une telle garantie n’est pas difficile à concevoir: il faut, entre co-fondateurs motivé-e-s de la nouvelle organisation communiste, travailler à un clair manifeste de ses buts et moyens jusqu’à susciter l’accord de tous, ce document de référence servant de préalable aux assises ouvertes qui en constitueront l’acte de naissance. Il ne peut s’agir de demander à quiconque un saut dans l’inconnu, mais bien à tous un saut vers l’avenir.
 
Garder le PCF ou renoncer au communisme: ce dilemme condamne à un double désastre. L’issue est d’inventer une force inédite pour donner vie à un communisme du 21esiècle."
 
Lucien Séve
7 novembre 2007
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Mardi 6 novembre 2007

Le Président de la République a annoncé son intention de faire passer le projet de nouveau traité européen par un vote du Congrès.

Après le rejet par notre peuple du projet de Constitution pour l'Europe, lors du référendum du 29 mai 2005, une adoption sous la forme restreinte proposée constituerait un déni démocratique.

Comme beaucoup de ses partisans, Valéry Giscard d'Estaing a souligné que le nouveau texte reprend l'essentiel des orientations du précédent. Après le non du peuple français, une adoption parlementaire et la signature de Nicolas Sarkozy au bas de ce texte, en contradiction avec ses engagements de campagne électorale, seraient illégitimes, et elles agrandiraient encore le fossé entre les institutions européennes et les citoyens.

Les Communistes unitaires exigent donc la tenue d'un référendum sur l'adoption de ce texte. Ils appellent au rassemblement et à l’unité la plus large à gauche pour l’obtenir. La tenue d’un référendum pourrait être une formidable opportunité pour ouvrir en grand le débat sur une autre perspective politique, question posée du local au national et à l’international.

Cette exigence est pour nous indissociable du travail en faveur d'une réorientation fondamentale de la construction européenne, tournant le dos à l'institutionnalisation du libéralisme économique comme cœur des politiques économiques et sociales de l'Union, qui ruine toutes les promesses sur l'environnement comme sur les droits sociaux et humains.

Il est temps de lancer un processus associant les peuples pour refonder la construction européenne, permettant de construire enfin des politiques publiques en faveur du développement économique, social et culturel, de l'accès de tous aux droits fondamentaux, avec un alignement par le haut des droits existants dans les différents pays de l’Union européenne et la promulgation de nouveaux droits.
 

Il est temps que l'Europe soutienne le développement des services publics, au lieu de soutenir leur affaiblissement et le développement du secteur commercial.

Il est temps que l'Europe s'affirme réellement comme force de paix, résolue à refuser l'engrenage du prétendu choc des civilisations, à refonder les relations internationales et les coopérations, notamment avec les pays du Sud.

 
Il est temps que le fonctionnement des institutions européennes soit démocratisé de fond en comble, non au travers du seul renforcement du rôle du Parlement européen, mais au travers de toutes les formes de participation aux décisions et d'une profonde évolution des relations entre les Etats, l'Union et l'ensemble des acteurs de la vie démocratique. Le même enjeu majeur existe en France face aux propositions de réforme des institutions de la commission Balladur : présidentialisation de la vie politique et faux renforcement du pouvoir législatif.

 
ll est temps que l'Europe agisse en faveur de l'environnement, des libertés individuelles et collectives, de la laïcité, de l'égalité entre les femmes et les hommes, du développement culturel.

Il est possible de disposer partout en Europe des moyens financiers indispensables à toutes ces politiques ; notamment en mettant à contribution les revenus spéculatifs et les placements improductifs et, encore plus, les profits tirés d’activités dont les coûts environnementaux sont supportés par les collectivités et les Etats.

 
Les communistes unitaires sont et seront de toutes les mobilisations unitaires pour la tenue d'un référendum sur le projet de Traité et pour contribuer à un large débat public en vue d'une refondation de la construction européenne. Il est temps de faire le lien entre les luttes sociales et démocratiques, la construction d'une alternative politique de transformation sociale et les exigences de transformation de l'Union.

 

Communistes unitaires,

le 4 novembre 2007

 

Contacts :

Association des communistes unitaires : contact.communistes.unitaires@gmail.com

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Lundi 5 novembre 2007
Depuis notre rencontre nationale du 30 juin dernier, les Communistes Unitaires ont eu une activité chargée. 
-       L'association nationale des Communistes Unitaires (A.C.U.) est née, des associations locales ont aussi vue le jour en province.
-       Le site se construit chaque jour avec vos contributions. Le Blog restant un lieu de communication plus instantanée. Il s’agira d’être, pour l’Administrateur que je suis, plus présent sur le blog dans les semaines qui viennent.
-        Nous avons été présents à la Fête de l'Humanité avec plusieurs débats : Que faire du PCF et de la LCR Communisme : quel avenir ?  Editer pour résister, rencontre avec les éditeurs et Quel avenir pour la gauche? Ces débats filmés seront mis en ligne sur le site des Communistes Unitaires : www.communistesunitaires.net,
Merci d’ailleurs à toutes les énergies qui ont permis notre présence à la fête et ont contribué à son succès : barmaid, barmen occasionnels, distributeurs de notre communication, accueillants, membres de la coordination, débatteurs, musiciens et chanteurs, monteurs, transporteurs, fournisseurs de structures, des délicieuses assiettes sarthoises, gardiens militants, contributeurs... tant de prénoms que nous ne pourrions citer par crainte d'en oublier. Sans eux et donc vous, rien n'aurait été possible !
-       Nous sommes toujours présents dans les luttes de manière individuelles ou organisées et continuons nos réflexions sur l’avenir de la gauche.
-        Deux initiatives à signaler:
Les assises des Collectifs anti –libéraux
L’initiative « Maintenant à gauche » le 24 novembre à Paris
 
Unitairement vôtre !
 
 
Coordination nationale des collectifs unitaires anti-libéraux
 
APPEL AUX ASSISES NATIONALES
 Six mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, comme on pouvait s’y attendre, la société française est confrontée à une offensive néo-libérale et réactionnaire d’une extrême violence : de la xénophobie d’État à la mise en pièces du modèle social français en passant par la volonté d’imposer anti-démocratiquement une nouvelle mouture de la constitution européenne, il n’est pas un domaine de notre vie collective qui échappe à cette offensive générale et d’une ampleur inégalée.
 Mais, comme on pouvait également s’y attendre, cette offensive se heurte déjà à des résistances qui ne sont pas seulement symboliques. Les mouvements sociaux commencent à relever la tête. Le 18 octobre a permis une première convergence des combats contre la régression sociale. Les mobilisations en solidarité avec les sans-papiers et pour les droits des migrant-es se renouvellent et se renforcent. Une riposte unitaire au traité européen "modifié" se dessine. La vitalité et la force des aspirations écologiques qui se sont affirmées à l’occasion du Grenelle de l’environnement les rendent de plus en plus incontournables. Le refus du néo-libéralisme reste profond dans la société française et le sarkozysme est loin d’avoir partie gagnée.
 Dans cette situation, le spectacle que nous offre la gauche est plus désolant que jamais. Dérive droitière accentuée du Parti socialiste dont on ne compte plus les transfuges, actuels ou en devenir, vers la droite. Division mortifère maintenue à sa gauche. Nous continuons à payer lourdement le prix de l’échec du rassemblement des anti-libéraux de gauche autour d’une candidature unitaire à l’élection présidentielle.
 Ce rassemblement pourtant est encore plus nécessaire aujourd’hui. Tant pour résister au quotidien que pour préparer la véritable alternative de gauche dont notre pays a besoin. De la gauche du PS à l’extrême gauche, des communistes aux Verts qui n’ont pas renoncé à la transformation sociale, en passant par les milliers de militant-es syndicaux-les, associatif-ves et de citoyen-nes engagé-es au quotidien dans la résistance à cette nouvelle offensive néo-libérale, le potentiel de ce rassemblement reste le même. Nous appelons de nos vœux la tenue, le plus rapidement possible en 2008, d’États généraux regroupant toutes ces forces.
 Les collectifs unitaires anti-libéraux, dans le prolongement des collectifs du 29 mai et du processus unitaire de 2006, poursuivent ce combat avec obstination et détermination. Pas simplement en paroles, mais en commençant à construire concrètement ce rassemblement partout où cela est possible. Riches de leur diversité et de leur pluralisme, ils sont ouverts à toutes celles et tous ceux qui souhaitent y travailler ensemble. Les Assises Nationales qu’ils organisent les 1er et 2 décembre prochain seront une étape importante dans la voie de leur relance et de leur affirmation comme acteur irremplaçable du rassemblement à venir.
 La coordination nationale des collectifs, réunie les 27 et 28 octobre à Saint-Ouen, appelle tous les collectifs maintenus, toutes celles et tous ceux qui ont participé aux collectifs du 29 mai, aux CUAL de 2006 ou aux comités "Bové", tous les groupes locaux de la gauche anti-libérale, alternative, écologique, antiraciste et féministe, à faire de ces Assises nationales les Assises de toutes celles et tous ceux qui entendent combattre le néo-libéralisme dans une perspective de transformation radicale de la société. Elle les appelle à tenir partout des rencontres préparatoires et à se donner les moyens de participer nombreux-ses à ce rendez-vous essentiel.
 
Saint-Ouen, le 28 octobre 2007.

Samedi 24 novembre 2007 - 9h30-18h00 – PARIS - Caveau de – 1 bd Saint Martin – Métro République
Comment résister à l'offensive de Sarkozy ? Comment reconstruire l’espoir à gauche ? Vers une nouvelle force politique  pour une gauche de transformation sociale ?

Table-ronde 1 : 10h00-12h00
Comment résister à l’offensive tous azimuts de Sarkozy ?

Le démontage du pacte social et républicain est en marche. Mais les contradictions économiques apparaissent dans un contexte de ralentissement de la croissance. Et les réticences démocratiques se font jour face aux projets liberticides. Comment s’opposer à une série de mesures diversifiées qui dessinent un projet global de mise de la société française aux normes de la mondialisation libérale ? 


Table-ronde 2 : 13h00-15h00
Comment reconstruire l’espoir à gauche ?

Après une première vague de mesures lors de la session extraordinaire du Parlement, la droite veut accélérer la mise en œuvre de son programme. Face à cette contre-révolution néo-conservatrice, la gauche semble aux abonnés absents. En difficulté  pour s’opposer sur le fond aux mesures gouvernementales elle peine à se faire entendre faute d’un projet alternatif.  Au-delà de la résistance, comment reconstruire l’espoir à gauche ?
 
« Grands Témoins » : (15h00-15h30)
Un représentant de Die Linke d’Allemagne et un représentant du Bloc de Gauche du Portugal.

Table-ronde 3 : 15h30-17h30
Vers une nouvelle force politique pour une gauche de transformation sociale ?
Après 2002, la réplique de 2007 dessine une défaite sévère, mais aussi profonde car politique, idéologique et culturelle. Un nouveau projet de transformation répondant aux défis de notre temps peut-il se dessiner à partir des organisations actuelles à gauche ? Une nouvelle force politique rassemblant la gauche de transformation n’est-elle pas l’instrument nécessaire dune véritable alternative ?

Avec la participation de : Clémentine AUTAIN (féministe, élue de Paris) - Martine BILLARD (députée Les Verts) - Jean Jacques BOISLAROUSSIE (Les Alternatifs) – Pierre CARASSUS (MARS-GR) - Patrice COHEN SEAT (PCF)  - Eric COQUEREL (Mars - Gauche Républicaine) - Olivier DARTIGOLLES (PCF) – Claude DEBONS (ancien responsable syndical) - Bernard DEFAIX (Convergences Services Publics) - François DELAPIERRE (Pour ) - Hayat DHALFA (militante associative 93) - Marc DOLEZ (Force Militante - député PS) - Didier ERIBON (philosophe) - Charlotte GIRARD (Pour ) - Michel HUSSON (économiste) - Pierre KHALFA (militant syndicaliste et altermondialiste) – François LABROILLE (élu régional Ile de France) - Frédéric LEBARON (Raisons dAgir) - Marie Noëlle LIENEMANN (membre de Gauche Avenir - députée européenne PS) - Roger MARTELLI (PCF) – Jean Luc MELENCHON (PRS) - Claude MICHEL (syndicaliste) - Christian PICQUET (LCR Unir) – Christophe RAMAUX (économiste) - Yves SALESSE (coordination collectifs antilibéraux)- Francis SITEL (Critique Communiste) – José TOVAR (syndicaliste) – Catherine TRICOT (PCF) - Marie Pierre VIEU (PCF) – un représentant de – des responsables d’associations de chômeurs, des responsables syndicaux du commerce, des services publics, des transports, de l’éducation nationale…
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Mercredi 4 juillet 2007

Lors de notre rencontre, deux textes ont été adoptés : résolution des Communistes Unitaires (voir post précédent) et Adresse à tous les communistes (ci joint) . Ils font le pari du rassemblement de toutes les composantes, forces et réseaux de la gauche de la gauche, du mouvement social, des dynamiques citoyennes et associatives, avec un appel à la participation des citoyennes et citoyens ; tout en s’attachant à la régénérescence d’un pôle communiste moderne, renouvelé et actif au service de ce rassemblement.  

salle.png  le 30 juin, à l'Université Paris 8 (image : Stephane Peniguel)

Quelle contribution immédiate du communisme politique à une dynamique de transformation sociale ? Les " Communistes unitaires " s’adressent à tous les communistes, pour nourrir le débat sur les grands choix possibles et élargir le nombre de ceux qui y participent.

 

La présence du communisme dans la vie politique est en jeu. Tel qu’il s’est construit et tel qu’il a été incarné au 20ème siècle, il a vécu : il n’a plus de force propulsive. Le PCF ne pèse plus guère dans la vie politique, dans la société. La LCR se cantonne à une rhétorique uniquement protestataire, qui obère toute possibilité d’influer sur l’ordre politique. Aucune autre force communiste ne s’est en France imposée depuis l’écroulement de l’Union soviétique et la chute du mur de Berlin, ni dans ces dernières années. Et tout le monde sait qu’il y a plus de communistes hors des partis politiques qui se revendiquent du communisme qu’en leur sein.  

Une culture politique meurt : celle qui faisait du Parti d’avant-garde le pilote du changement, qui a conduit lors de la préparation de la présidentielle à des pratiques inacceptables, celle qui cultive l’esprit de parti au plus mauvais sens de l’expression.  

Quels que soient les choix de la LCR et du PCF (refondation, renoncement total, repli sectaire, comme certains partis communistes l’ont choisi dans d’autres pays européens, où ils continuent d’exister dans la marginalité et l’indifférence du plus grand nombre), une autre culture politique est à construire.  

Au moment même où la crise du communisme politique s’accentue - recul de l’influence idéologique, absence de projet, faiblesse électorale, pertes militantes -, des valeurs communistes porteuses continuent de faire référence, et parfois sont revendiquées par nombre de citoyens. La critique du capitalisme et le désir de transformation sociale sont partagés par une part importante des citoyens.  

Les communistes prennent part à toutes les luttes et nombre d’entre eux ont été, sont encore, seront demain acteurs du mouvement antilibéral, de la construction de la convergence entre tous ceux qui veulent transformer la société.

L’invention d’un communisme politique du 21ème siècle ne se fera que dans le rassemblement pour la transformation sociale, dans une convergence respectueuse de la diversité des sensibilités, des forces et des individus participants, où des cultures politiques se parleront, s’influenceront les unes les autres, se métisseront.  

Se pose alors la question des creusets nécessaires, ou utiles pour faire vivre un apport communiste, et quel apport, au sein de la dynamique plus large en faveur de la transformation sociale. Faut-il un parti communiste refondé au sein d’une confédération large ? Faut-il une simple sensibilité, un courant à l’intérieur d’une nouvelle force ou du mouvement ? Faut-il un espace autonome, qui ne soit ni un parti ni un courant organisé au sein d’une force plus large ? Faut-il simplement être individu dans le mouvement de transformation sociale ? Le débat sur l’existence et la place du communisme doit avoir lieu ; il ne sera pas d’abord tranché théoriquement.  

Cependant, pour que le métissage des cultures politiques puisse avoir lieu, n’est-il pas nécessaire qu’existent un espace, des creusets pour travailler, élaborer, proposer ? A moins de considérer que le communisme politique tel qu’il existe au travers de la participation de communistes au mouvement antilibéral est un apport satisfaisant, et qu’il restera demain utile sans sérieux travail d’approfondissement, un tel espace est nécessaire. En effet, une culture politique ne peut vivre vraiment sans un travail d’élaboration et une prise d’initiative politique.  

La participation au mouvement de transformation sociale, les communistes doivent la concevoir autrement qu’auparavant, en renonçant à vouloir le contrôler, forts de la certitude d’avoir raison.  

Concrètement, les Communistes unitaires sont porteurs à la fois de continuité et de rupture par rapport au communisme politique du passé, avec la volonté de revisiter les fondements de la culture communiste, à la lumière de l’expérience du 20ème siècle et des enjeux actuels : 

  • nous continuons à porter la critique radicale du système capitaliste, mais nous rompons avec la focalisation sur la critique de l’unique exploitation économique, au profit du combat plus large contre toutes les dominations, incluant bien sûr la force de la mise en question de l’exploitation capitaliste, et faisant de l’émancipation individuelle et collective la finalité et le fondement du développement de la société, 
  • nous continuons à prétendre nécessaire l’émergence d’une autre organisation de la société, d’une transformation radicale, et non de simples aménagements qui pour nous reviennent au maintien de l’essentiel des dominations, mais nous rompons avec l’idée d’un socialisme passage obligé vers un communisme dont l’avènement serait sans cesse repoussé autant qu’avec les décrets du Grand soir,  
  • nous continuons à militer pour une alternative globale, mais nous concevons que les acteurs principaux de cette construction sont les individus s’appropriant et mutualisant les savoirs et les pouvoirs et les forces sociales en mouvement pour transformer la société, et non pas le parti comme guide énonçant la vérité, 
  • nous pensons nécessaire de subvertir le jeu institutionnel, en écartant à la fois les tentations de l’étatisme et celles de la table rase ou de l'extériorité à l'égard des mécanismes démocratiques institués. Cela suppose de contester la dissociation du social et du politique, en écartant les vieux mécanismes de la subordination, en respectant les fonctions spécifiques de chaque type d'organisation, mais en refusant la séparation qui confine le syndicat et l'association dans des contre-pouvoirs limités. 

Cela suppose aussi de reprendre globalement la question des rapports entre les élus et les citoyens, de la délégation de pouvoir.

Notre combat est indissociable de la lutte écologiste pour la préservation de la planète, de la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre toutes les discriminations.

Ce sont là quelques pistes essentielles sur lesquelles le communisme politique peut apporter beaucoup au mouvement pour la transformation sociale, à condition de les approfondir, de leur donner consistance concrète, de développer des expérimentations.

En considérant que ces axes doivent former un projet politique et une vision cohérente de la société, nous sommes à la fois proches et différents de nombreux acteurs potentiels d’une convergence pour la transformation sociale : certains formulent une critique radicale du capitalisme quand d’autres ne considèrent pas son dépassement possible ; certains envisagent ce dépassement dans un très long terme et considèrent nécessaire des aménagements ; certains pensent que la convergence des luttes de résistance est un préalable (ou une priorité par rapport) à l’élaboration d’une visée globale, tandis que d’autres pensent au contraire que seul un projet peut contribuer à dynamiser les luttes…  

Ces pistes esquissent aussi des lignes de rupture avec le raccrochement à n’importe quel prix à des modes de pensée et d’actions irrémédiablement dépassés, et avec certaines approches politiques (sécuritaires, xénophobes) néfastes.  

Une culture du débat et de la construction politique, forte de la diversité des acteurs engagés peut émerger, qui ne sera sans doute, pendant longtemps, ni simple coexistence de points de vue, ni totale imbrication en un seul bloc nouveau : le métissage crée de nouvelles couleurs qu’on ne doit pas redouter si chacun joue le jeu. 

Le communisme politique devrait proposer sa - ses cohérence-s, un projet, bien au-delà d’un bricolage programmatique.  

C’est ainsi que les Communistes unitaires pensent indissociable le besoin d’un espace de convergence de tous les acteurs possibles de la transformation sociale et le besoin d’un espace spécifiquement communiste.  

Vient alors la question de la fondation ou non d’une Maison commune des communistes – un parti ? un courant ? une sensibilité ? un mouvement ? -, lieu où les communistes puissent se retrouver.  

Elle est posée à tous les communistes. 

Elle est posée aux communistes du PCF, qui devront dire s’ils souhaitent enfin engager vraiment ce chantier essentiel, ou s’ils préfèrent considérer que leur organisation telle qu’elle est possède les ressorts de la relance du communisme politique. Leurs prochains débats, leurs prochains congrès ouvriront-ils ou non, enfin, la possibilité de cette relance ? 

Elle est posée aux communistes de la LCR, qui devront dire s’ils entendent influer réellement sur le cours des choses. 

Pour notre part, nous nous proposons de travailler au rassemblement des communistes désireux d’inventer le communisme politique du 21ème siècle, en refondant un projet, une stratégie et une organisation.  

C’est à une telle démarche, menant de front, sans les confondre et sans les séparer, le travail sur le communisme et la refondation d’une gauche de transformation, qu’entendent se consacrer les Communistes unitaires. 

La refondation du communisme politique dans le mouvement de transformation de la société

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Lundi 2 juillet 2007

Nous étions nombreux ce samedi pour débattre de la séquence électorale qui vient de s’achever, de la recomposition politique de la gauche de la gauche et entendre nos amis belges (Une Autre Gauche) et allemands (Die Lincke) des constructions politiques en cours dans leur pays. Quelques éléments supplémentaires ont été donnés sur la situation en Italie et en Grande Bretagne.

On a pu noté, aux côtés de militants de toute la France - communistes de coeur, compagnons de route ou communistes organisés (pcf, lcr, libertaires...) - la présence de Robert BRET, sénateur des Bouches du Rhône, de Pierre GOLDBERG, ancien député de l’Allier, de François ASENSI, député de Seine Saint Denis, de Christian PIQUET et Emmanuel CHANIAL de la LCR, de Clémentine AUTAIN, adjointe au Maire de Paris et de Pierre COURS SALIES, membre du secrétariat des collectifs antilibéraux.

Les actes de cette journée seront bientôt disponibles. Prochain Rendez-vous à la Fête de l’Humanité les 14,15 et 16 septembre prochain.

www.communistesunitaires.net

Deux textes ont été adoptés : résolution des Communistes Unitaires et Adresse à tous les communistes (à venir) . Ils font le pari du rassemblement de toutes les composantes, forces et réseaux de la gauche de la gauche, du mouvement social, des dynamiques citoyennes et associatives, avec un appel à la participation des citoyennes et citoyens ; tout en s’attachant à la régénérescence d’un pôle communiste moderne, renouvelé et actif au service de ce rassemblement. 

 

Résolution

La séquence électorale de 2007 a ouvert un nouveau cycle politique, avec la victoire d’une droite de " contre-révolution libérale ", unissant dans un projet cohérent un ultralibéralisme assumé et une conception autoritaire de l’ordre social. Ce n’est donc pas une simple victoire de la droite après d’autres, mais une rupture. La gauche dans son ensemble a enregistré à l’élection présidentielle son plus mauvais résultat depuis la fin des années soixante. Hélas, la gauche d’alternative, divisée, n’a pas échappé au désastre, en rassemblant sur le nom de ses candidat-e-s son plus mauvais résultat depuis vingt ans. Le paradoxe est que cette défaite s’est produite à l’issue d’une décennie colorée par une puissante combativité sociale, depuis 1995, et deux ans seulement après la victoire du Non au référendum constitutionnel européen.

Il est nécessaire de comprendre ce qui s’est passé. Sans doute la responsabilité principale de l’échec de la gauche incombe-t-elle à une social-démocratie qui, en glissant de plus en plus vers un recentrage et le choix d’une démarche " sociale-libérale " d’accompagnement du capitalisme, a démoralisé les catégories populaires et brouillé le message de la gauche. Mais il nous faut analyser les raisons pour lesquelles la gauche de gauche n’a pas réussi en 2007, après avoir entraîné en 2005 la majorité de la gauche sur une ligne de refus du libéralisme. Qu’est-ce qui a pesé négativement ? La division, bien sûr, l’effet destructeur des logiques particulières, de " l’esprit de boutique ". Mais il y a davantage encore : l’impossibilité de se hisser du catalogue de mesures à l’énoncé clair d’un projet de transformation qui donne sens aux luttes et aux propositions ; la difficulté à déployer de nouvelles pratiques capables de mobiliser celles et ceux dont l’ordre social et le capitalisme mondialisé contredisent les aspirations et précarisent la vie ; la difficulté à gérer la contradiction entre l’action à l’intérieur des institutions et la contestation nécessaire du mécanisme desdites institutions ; la difficulté à raccorder de façon nouvelle mouvement social et espace politique, sans les subordonner l’un à l’autre et sans les séparer. En l’absence de visée cohérente alternative, c’est la droite et le libéralisme teinté de populisme qui ont mis le mouvement vers du neuf de leur côté.

Nous chercherons donc à comprendre. L’essentiel pourtant est de reconstruire voire de refonder une perspective à gauche, franchement à gauche. Il faut tendre dans les délais les plus courts possibles vers la constitution d’une force politique capable d’exprimer une exigence transformatrice dans le champ politique, pour que cette exigence devienne majoritaire à gauche et par là même dans le pays. Ce travail de recomposition se mène à nos yeux dans trois domaines au moins, qu’il importe de penser conjointement : celui d’un nouveau type d’engagement voire de citoyenneté incluant l’ensemble des dominés et exploités s’appropriant individuellement et collectivement les savoirs et les pouvoirs, à partir des situations et aspirations les plus diverses

Les communistes unitaires sont disposés pour avancer dans ces trois directions. Il ne manque pas de pistes pour avancer, ce qui est à la fois l’indice – négatif – d’un éparpillement persistant et le signe – positif – d’une volonté d’expérimenter sur le terrain du rassemblement.

Des processus et des initiatives sont engagés.

Il y a la poursuite du travail engagé dans les collectifs antilibéraux, notamment dans la perspective de leurs assises d’automne.

Il y a (et il y aura sans doute) d’autres initiatives et d’autres suggestions des différentes forces et des différents lieux participant à l’espace de la gauche antilibérale et de transformation sociale.

Les Communistes unitaires en sont d’ores et déjà partie prenante.

Nous entendons, dans ces processus de travail, être des acteurs engagés et lucides. Nous savons qu’il faudra progresser en se gardant du double écueil de la table rase (comme si nous partions de rien) et du simple prolongement de l’expérience de 2006 (avant la rupture de décembre).

Nous prendrons notre part à l’élaboration du projet alternatif, de pratiques nouvelles et serons donc présents partout où se chercheront aussi un projet, des pratiques, des structures alternatives, dans une convergence sans laquelle toute action politique est un enfermement.

Nous le ferons dans notre diversité, mais en faisant partout prévaloir une triple exigence :

1. Le rassemblement à gauche doit se faire en rupture avec l’orientation libérale et donc en rupture avec l’esprit qui a dominé le Parti socialiste depuis quelque 25 ans. Ce n’est pas en s’accommodant des normes libérales et en lorgnant vers le centre, que l’on construira de la dynamique sociale et démocratique, mais en rompant avec la logique et les choix du capitalisme mondialisé et en mobilisant bien à gauche. Hors de ce choix conséquent de la transformation sociale, d’une alternative au capitalisme, la gauche s’affaiblit et laisse le champ libre à une droite de combat, fière d’elle-même. Nous devrons donc contribuer à écarter tout ce qui, peu ou prou, conduirait à reproduire des logiques de " gauche plurielle " confortant en pratique les choix d’adaptation au capitalisme.

2. Si le rassemblement doit se faire sur une base de transformation sociale et non sur une base sociale-libérale ou avec comme seul objectif de limiter les effets du capitalisme mondialisé, il doit toutefois s’inscrire ouvertement dans une perspective majoritaire, non pas dans un horizon si lointain qu’il se dérobe chaque jour un peu plus, mais dans une perspective la plus proche possible. À un moment où le socialisme français risque de prolonger et d’amplifier son " recentrage ", la question d’une dynamique capable de gagner à la ligne de transformation sociale une majorité de l’espace socialiste actuel est une question fondamentale. Moins que jamais, la gauche d’alternative doit se vouer au rôle d’aiguillon minoritaire de majorités dominées nécessairement par les sociaux-libéraux. Si les forces politiques existantes ont montré leurs limites, toute tentative de constituer une formation à côté d’autres est vouée à l’échec. L’ampleur de la force à construire est tout aussi décisive que la rigueur de la rupture politique qu’elle veut promouvoir.

3. Tout cela suppose d’occuper franchement le terrain de la novation politique, idéologique, culturelle. Alors que la droite a gagné sur ces terrains, la gauche la plus conséquente s’est enfermée dans le balancement meurtrier du renoncement ou de la conservation. Il faut se sortir de cette impasse. Si la gauche transformatrice veut convaincre, rassembler, viser à la majorité, elle doit se transformer elle-même. Pour continuer, il faut savoir innover, travailler les enjeux fondamentaux pour l’avenir de l’humanité (enjeux écologiques, qualité des rapports humains, dépassement de toutes les dominations et alchimie entre émancipation individuelle et émancipation collective). Pour nous, la critique sans complaisance de l’orientation sociale-libérale ne saurait atténuer en rien l’urgence d’une démarche de reconstruction fondamentale de la culture politique, des projets, pratiques et formes d’organisation. Cette nécessité est vitale pour la gauche d’alternative ; en contourner l’exigence, à l’issue d’un XXe siècle perturbant, serait condamner l’alternative à la marginalité.

Les Communistes unitaires ont en commun de porter dans les différents espaces existants la nécessité de la relance d’un processus agrégeant l’arc le plus large possible de forces (citoyens, réseaux, organisations…). Ils seront partie prenante de la préparation et de la tenue d'un processus de type "Etats généraux", comme l'idée en a déjà été lancée. Cela inclura la nécessité de déterminer des modes de travail et de décisions transparents et démocratiques. Les Communistes unitaires seront particulièrement vigilants pour que le processus d’appropriation citoyenne de la politique soit au cœur de la construction politique.

Pour participer à cet effort, qui ne sépare à aucun moment continuité et mouvement, pour que la gauche de transformation devienne une force politique, de façon durable et non ponctuelle ou conjoncturelle, forte à la fois de l’autonomie des espaces qui y contribuent et du travail en commun, les Communistes unitaires confirment qu’ils sont prêts à agir, avec toutes celles et ceux qui le souhaitent. Ils prendront des initiatives politiques en ce sens.

Dans le cadre de cet effort, ils entendent engager un travail de refondation (ou de redéfinition) du communisme, non pas comme s’il s’agit d’un horizon lointain ou d’un travail abstrait, mais pour contribuer de manière immédiatement pertinente et utile à un projet collectif de transformation sociale.

L'association des Communistes unitaires a précisément pour objet de contribuer à l'ensemble du travail sur le communisme et sur la refondation d’une gauche de transformation.

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Mardi 12 juin 2007

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Mardi 5 juin 2007
Pendant la campagne électorale, les luttes continuent, les espaces fleurissent, et nous travaillons à la prochaine rencontre nationale des Communistes Unitaires le 30 juin prochain, où nous aurons la joie de recevoir nos camarades européens. 


Pour l'art et la culture (revue Cassandre/horschamp)

Nous appelons le monde politique au devoir de combattre le divertissement marchand et le populisme télévisuel. Défendre le service public de la culture

Nous sommes les héritiers de luttes et d'utopies magnifiques, du grand mouvement de l'Education populaire, les enfants ou les petits-enfants des pionniers de la décentralisation théâtrale française de l'immédiat après-guerre. Et nous l'affirmons encore comme nous l'avons longtemps répété : face à une Europe soumise aux impératifs délétères de la rentabilité, face à une offensive sans précédent de l'ultralibéralisme, le service public de la culture français doit être actualisé, consolidé, défendu, et porté comme un exemple pour les autres !

Nous avons fait face, ces dernières années, à une déferlante du divertissement marchand et du populisme télévisuel, parallèlement à un affaiblissement des missions de service public de la culture. Nous avons dénoncé le risque d'une instrumentalisation de l'art au profit d'une logique de rentabilité, en termes médiatiques et touristiques, au détriment d'un "partage du sensible" par l'ensemble de la population. Nous nous sommes insurgés contre une dérive gestionnaire tendant au formatage des projets et des initiatives inclassables. Nous nous sommes inquiétés du rôle croissant que l'on veut faire tenir à l'argent privé dans la culture. Ces dérives, qui n'épargnent pas des institutions publiques, mettent en danger le sens même d'une politique culturelle.

Dès novembre 2006, nous avons lancé un appel aux candidats à l'élection présidentielle française pour qu'ils considèrent avec sérieux la place de l'art et de la culture dans leurs programmes. Peut-être cela n'a-t-il pas été tout à fait inutile, mais l'état actuel des consciences est tel que nous n'avons pas réussi à provoquer l'écho et les réactions que nous estimions indispensables sur cette question vitale pour l'avenir de notre civilisation. Si les "politiques" français ne veulent ou ne savent pas s'emparer sérieusement de cette question fondamentale pour résister au formatage annoncé des "cerveaux disponibles", la responsabilité nous incombe de résister à la fatalité historique en les rappelant à leur devoir.

Nous n'avons pas le droit de renoncer, de nous contenter de protéger des intérêts égoïstes, corporatistes ou lobbyistes. Dans un contexte européen teinté de néolibéralisme, des dispositifs extrêmement précieux, construits dans notre pays au prix de nombreux combats depuis l'immédiat après-guerre, sont aujourd'hui en péril. Les bonnes intentions ne suffiront pas : il nous faut impérativement faire aujourd'hui exister un outil de défense et de proposition pour le service public de la culture français. Nous proposons aux artistes de toutes disciplines, aux acteurs culturels, aux citoyens de s'allier pour défendre ces fondamentaux de notre civilisation que sont l'art et la culture et rappeler qu'ils ne peuvent exister et se développer hors des impératifs de rentabilité, que s'ils sont portés par un puissant service public de la culture.

Premiers signataires : Ariane Ascaride (actrice), Anne Alvaro (actrice), Patrick Bouchain (architecte), Patrick Champagne (sociologue), Guy Benisty (Githec), Jean-Louis Comolli (réalisateur), Catherine Dasté (metteur en scène), Christine Dory (réalisatrice), Nicolas Klotz (cinéaste), Marc Lacreuse (collectif Education populaire et transformation sociale), Laurent Laffargue (metteur en scène), Jean-Claude Lallias (Forum pour l'éducation artistique), Noémie Lvovski (réalisatrice, actrice), Henri Maler (universitaire, association de critiques des médias Acrimed), Pepito Matéo (conteur), Marie-José Mondzain (philosophe), François Morel (comédien), Francis Pedizzi (directeur de la Scène nationale de Calais, Syndeac), Elizabeth Perceval (scénariste), Robin Renucci (acteur), Christian Salmon (auteur, fondateur du Parlement international des écrivains), Sapho (chanteuse), Renata Scant (metteur en scène, compagnie Théâtre Action), Daniel Le Scornet (ancien président de la Fédération des Mutuelles de France), Céline Sallette (comédienne), Philippe Tancelin (poète, philosophe), Daniel Terrolle (anthropologue) et Pascal Vannson (comédien). Et les structures : Syndicat national des arts vivants (Synavi), Ecrivains associés du théâtre (EAT), Association nationale de recherche et d'action théâtrale (Anrat), bureau national de Sud Cultures solidaires. 
http://www.horschamp.org/

 

La guerre contre la culture libre a commencé : échanges entre le Maire d'Oyonax (01), Jacques Gobet et les Ogres de Barback (groupe de musique).


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L'Appel de Gauche Avenir

Face à une droite décomplexée, la gauche est aujourd’hui désorientée, écartelée et sans véritable repère unifiant. Elle a le devoir de redéfinir des valeurs claires et mobilisatrices ainsi que des objectifs simples. Il s’agit là d’un préalable à toute " refondation ", " rénovation " ou " rassemblement ".

C’est ainsi, en ne se trompant ni sur le diagnostic ni sur la méthode, que l’on redonnera espoir à celles et ceux qui se reconnaissent dans la gauche.

En créant Gauche Avenir, nous voulons contribuer, en dehors des partis, de leurs enjeux de pouvoir et des rivalités de personnes, à cette " redéfinition ". Issus de différentes sensibilités politiques, sociales et culturelles, nous souhaitons rassembler toutes celles et tous ceux qui veulent s’associer à cette démarche et qui, sans se renier, ont compris que le monde a changé et que de nouvelles aspirations se sont fait jour. Cette démarche, patiente et sérieuse, s’appuiera sur une volonté de dialogue, d’écoute et d’ouverture à tous les courants de la gauche.

Nous appelons à nous rejoindre (www.gaucheavenir.org) les hommes et les femmes qui partagent notre analyse et qui veulent œuvrer à ce renouveau en redonnant toute sa place à la culture de gauche dans le débat d’idées.

Premiers signataires : Abdi Mohammed (président d’association), Attar Michèle (membre du Conseil économique et social), Candar Gilles (historien), Cabanes Claude (journaliste), Champagne Patrick (sociologue), Corbière Alexis (élu municipal à Paris), Duron Jacques (membre du Conseil économique et social), Gayssot Jean-Claude, Gendre Pierre (syndicaliste), Laignel André (député européen), Lefebvre Rémi (professeur de sciences politiques à l’Université de Reims), Levaï Ivan (journaliste), Lienemann Marie Noëlle (députée européenne), Marlière Philippe (politologue), Maurel Emmanuel (conseiller régional, Directeur de la revue " parti pris "), Moglia Michael (conseiller régional, Président du club CSPRG), Pena-Ruiz Henri (philosophe), Quilès Paul, Wurtz Francis (Président du groupe Gauche Unitaire Européenne au Parlement européen)

4 juin 2007 


La rencontre Nationale des Communistes Unitaires (programme provisoire) : Envisageons ensemble le bilan de la séquence politique qui se termine et les perspectives.

Matin - Résultats des scrutins de 2006 du point de vue du mouvement des idées dans la société française.

Débat sur le bilan de la période et les enjeux auxquels nous sommes confrontés, précédé d’une introduction

Après-midi : Interventions de camarades italiens, allemands et belges sur les expériences et constructions en cours dans d’autres pays européens.

Quelle recomposition politique de la gauche, de la gauche de gauche ? Quelle contribution immédiate du communisme politique, des communistes unitaires à une dynamique de transformation sociale ?, précédé d’une introduction.

Samedi 30 juin à l’Université Paris VIII à Saint-Denis (93)De 9 h 30 à 18 h, Amphi B1 (Métro ligne 13, station Saint-Denis Université)

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Mardi 22 mai 2007

A L’INITIATIVE DE L’ASSOCIATION DES " COMMUNISTES UNITAIRES " DE HAUTE-GARONNE (PCF, LCR, non encartés…).

SAMEDI 16 & DIMANCHE 17 JUIN 2007
CONFERENCE – DEBAT / ENTREE LIBRE
Université de Toulouse
salle de l'Arche
Metro Mirail-Université

ALTERMONDIALISME, MARXISME, COMMUNISME : Bilan, perspective, organisation ? 

Prise de parole libre entre citoyens, militants politiques, syndicalistes, associatifs…

 

SAMEDI
10h30
: accueil
11h–13h30  Antilibéralisme et Anticapitalisme, quelle différence ? "  par Michel HUSSON, Économiste, Chercheur et Altermondialiste)

13h30-14h30
 : Repas sur place (à réserver)

14H30-18h30
Bilan et perspectives des luttes altermondialistes : les expériences d'organisations politiques alternatives au Brésil, en Allemagne et en Italie " par Christophe AGUITON, syndicaliste, militant d'ATTAC et d'AC, auteur de " Quelle démocratie voulons-nous? " ed. La Découverte 

18h30-20h00 : apéritif / repas sur place (à réserver) 

20h00-22h
  " Quelle organisation des communistes unitaires
Création de l’association départementale (statuts, cotisations, mode de fonctionnement, lien avec le national... )
Organisation de cycles de discussions publiques,
Confection et maintenance d'un journal électronique,
Création de liens avec les autres composantes anti-libérales …


DIMANCHE
 
9h00 : accueil
9h30-12h30 : Quel communisme aujourd’hui ? Quel peut être son apport dans la construction de l’alternative à gauche? " par Pierre ZARKA, membre des Communistes Unitaires, animateur de l'" Observatoire des Mouvements de la Société "



Contact : 
communistesunitaires31@yahoo.fr

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Jeudi 17 mai 2007
L'échec socialiste vient de l'absence de réponse à ce désastre global que représente le néolibéralisme

Comment ne pas voir que la " préférence nationale ", qui, une fois encore, a hanté la campagne présidentielle, est un des principes au fondement de l'Etat social, et qu'ainsi la " lepénisation " des institutions, bien que toujours contestée, est en un sens originelle, qu'elle est inscrite dans la distinction " républicaine ", opérée au sein de la population vivant dans ce pays, entre citoyens-nationaux et étrangers, ce qui donne toute sa force et son réalisme aux mots d'ordre frontistes ?

Comment ne pas entrevoir, de ce point de vue, que le racisme contemporain, loin d'être une regrettable pathologie des classes populaires, que suffirait à expliquer la concurrence accrue sur le marché du travail, est fondamentalement un racisme d'Etat, alimenté par ses élites, et indissociable de processus de " subjectivation " nationale des citoyens, c'est-à-dire de processus de production et d'inscription corporelle, affective, linguistique, intellectuelle de la " francéité " à travers ce que l'on appelait naguère des " appareils idéologiques d'Etat " tels que l'école ?

Comment ne pas voir, de surcroît, si l'on souhaite entrer dans une analyse plus précise de la conjoncture présente, que, comme l'ont démontré de façon définitive Simone Bonnafous dans L'Immigration prise aux mots (éd. Kimé, 1991) et Maxim Silverman dans Deconstructing the Nation - Déconstruire la nation - , le vocabulaire et les leitmotive du lepénisme ne sont que la reprise de thèmes d'opinion largement diffusés dès avant la première percée électorale du FN ?

Ce sont Valéry Giscard d'Estaing et Raymond Barre qui ont lancé le projet fantasmatique d'une politique du retour des travailleurs immigrés - supposés étrangers aux réalités sociales de la France, selon une formule employée plus tard par Pierre Mauroy à propos d'ouvriers en grève - et mis en circulation l'équation " tant de chômeurs = tant d'immigrés de trop ". C'est le Parti communiste qui a acclimaté l'idée d'un " seuil de tolérance " au-delà duquel " l'intégration " - traduction contemporaine de " l'assimilation " coloniale - ne serait plus possible.

Comment ne pas voir de plus que le thème de la " lepénisation des esprits " a justement pour effet d'" invisibiliser " cette diffusion, certes complexe et modulée, du " lepénisme " au sein du champ politique et idéologique, comme s'il était circonscrit au FN et à son électorat prétendument " populaire " (le racisme de classe joue ici à plein régime), alors que celui-ci n'a fait que cristalliser des motifs idéologiques en circulation dans l'ensemble de l'espace social, notamment au sein des classes moyennes et supérieures, notamment au sein de larges sections de l'électorat socialiste, quand même sous des formes euphémisées et accompagné d'une bonne volonté antiraciste sincère (l'inconscient politique ignore la contradiction) ?

Comment ne pas voir que depuis trente ans, à l'heure de la crise de l'Etat national et social, le ressort de la " lepénisation des esprits ", à droite comme à gauche, repose sur la nécessité de légitimer des politiques antisociales en agitant le drapeau national, en payant de monnaie de singe les classes populaires et moyennes ?

Comment ne pas voir, en particulier, que le PS - incapable de formuler et d'inventer les termes d'une réponse de gauche à la " crise ", réduit à n'être qu'une machine électorale préoccupée de sa seule reproduction, se faisant en conséquence l'artisan par excellence de ladite " modernisation " (avec d'autant plus d'efficacité que, en raison de sa coloration passée, il était, du moins dans un premier temps, bien mieux placé pour neutraliser ou paralyser toute critique de gauche), naviguant au gré des sondages (ne pouvant donner le la à l'époque, il lui fallait bien suivre quelque ritournelle) - a trouvé dans la lutte contre le FN de quoi cimenter autour de lui un consensus négatif, par défaut, prenant ainsi l'électorat de gauche en otage, se présentant comme le seul rempart face à une droite et un FN qui ne tirent leur puissance que de son impuissance et de ses renoncements ? Et cela, alors même que ce parti contribuait à diffuser dans l'opinion l'idée d'un " problème de l'immigration " : Laurent Fabius affirmant que Jean-Marie Le Pen pose de vraies questions. Lionel Jospin s'accordant avec Jacques Chirac pour dire que " l'identité française " devait être défendue ; Michel Rocard déclarant, en une formule remise au goût du jour par Nicolas Sarkozy, que " la France ne peut accueillir toute la misère du monde " (ajoutant néanmoins qu'elle doit " savoir en prendre fidèlement sa part "), comme si toute cette " misère " souhaitait s'installer en France.

Comment ne pas voir qu'une telle logique, si elle pouvait être électoralement payante à court terme, ne pouvait à moyen terme qu'achever la dissolution du bloc historique, culturel et politique, du " peuple de gauche ", déjà entamée par la transformation postfordiste de l'économie capitaliste et la réorganisation de celle-ci à l'échelle mondiale, et donc se miner elle-même ?

Comment ne pas voir aussi, à l'heure de sa précarisation structurelle, l'imposture que représente la reprise en choeur par la gauche de l'antienne de la " valeur travail " ? Comment ne pas voir que la réponse de la gauche de gauche à cette situation - critique du " néolibéralisme ", défense des " acquis ", défense du compromis social-démocrate qui soutenait l'Etat social et la société salariale (et leurs dispositifs de discipline et de contrôle social) -, si elle vaut mieux que celle du PS, quand elle ne se disqualifie pas par des accents " souverainistes " ou " républicanistes ", est insuffisante et impuissante, qu'elle trahit une incapacité à prendre toute la mesure des " temps nouveaux " ?

Comment ne pas voir, enfin, s'agissant du résultat de l'élection présidentielle, qu'il n'est que la traduction de la dissolution du bloc historique du peuple de gauche, du brouillage des identités de classe et du flottement des identités politiques qui s'ensuivent, ouvrant ainsi une période qui peut être caractérisée, selon une expression paradoxale empruntée à l'historien britannique Edward Thomson par Etienne Balibar, de " lutte des classes sans classes " ?

Comment ne pas voir combien vains et même obscènes sont les commentaires proposés de cette élection. Ces commentaires ne visent qu'à déterminer la part de responsabilité des uns ou des autres dans la défaite - au regard de cette faillite dramatique des gauches et de leur toile de fond : le désastre global, social et écologique, qui ne cesse de s'approfondir, la mise à sac de la planète, l'intensification à un degré inconnu jusque-là de l'exploitation capitaliste à l'échelle mondiale.

A quoi s'ajoute l'emprise inégalée, partout, d'oligarchies qui peuvent bien, ici ou là, s'accommoder d'une dose de démocratie ou de libéralisme politique, mais qui toutes travaillent à la mise en place de sociétés de contrôle, de sociétés " sécuritaires ", dont la nature relève, selon des expressions proposées dès 1977 par Gilles Deleuze, d'un " néofascisme ", d'une constellation de " microfascismes " de forme inédite.

Nous avons la conviction que l'effort pour apporter des réponses à ces questions et à ces constats est aujourd'hui nécessaire si nous voulons briser le cercle de l'impuissance et retrouver une certaine puissance d'agir, si nous voulons déployer une politique effective visant à maximiser le contrôle collectif sur les institutions, nationales et transnationales, qui gouvernent nos vies et les possibilités concrètes d'une égale liberté de tous et de toutes.

Si nous nous montrons incapables de répondre à ces questions, aussi dramatique que soit l'élection de Nicolas Sarkozy, celle-ci risque fort de n'apparaître bientôt que comme une péripétie parmi d'autres de la course au désastre qui s'est engagée. Il nous faut donc bien prendre la mesure de l'urgence que nous persistons à ne pas reconnaître. There is no time, chantait déjà Lou Reed à la fin des années 1980.


Jérôme Vidal,
Editeur

In Le Monde du 17 mai 2007
- Publié dans : le rassemblement de la gauche antilibérale
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